Salaire des traders ? Combien gagnent-ils vraiment ?

Wall Street, Le Loup de Wall Street, ou encore Limitless : le cinéma présente souvent le métier de trader comme un tremplin vers la richesse (et le vice…). Mais qu’en est-il dans la vraie vie ? Peut-on devenir riche en exerçant le métier de trader ?

Je vous propose de tâcher de répondre à cette question en scindant le trading selon les deux manières de le pratiquer : pour son compte propre et en tant que salarié.

Et nous allons voir que le salaire des traders est un sujet finalement complexe…

Combien gagne un trader pour compte propre ?

Si vous choisissez de trader uniquement pour votre compte, vous n’aurez pas un salaire régulier. Vous devrez vous rétribuer sur vos gains. Ceux-ci se composent des plus-values, dividendes, intérêts des obligations, et tout autre revenu provenant des titres de votre portefeuille diminués de vos coûts (commissions de courtage et abonnement notamment). 

En France, il faut également tenir compte de la flat tax, c’est-à-dire l’imposition sur les plus-values. Le prélèvement forfaitaire unique (PFU, son nom administratif) s’établit à 30 % sur le montant de vos gains nets, quelle que soit votre tranche de revenu.

Point important, les revenus d’un trader indépendant sont extrêmement variables. Le montant des capitaux qu’il peut consacrer à son activité a une énorme influence sur les revenus qu’il pourra en tirer. Parce qu’il est plus facile de dégager un gain de 500 euros avec un capital de 10 000 euros qu’avec un capital de 2000 euros, par exemple. 

Mais évidemment, je ne peux m’abstenir de vous rappeler une dure réalité : entre 70 et 85 % des particuliers perdent de l’argent en bourse. Quant aux plus talentueux, ils finissent souvent par être recrutés par les banques ou les sociétés de gestion, ou par monter leur propre société de conseil ou de gestion. 

Toutes ces raisons font qu’il est difficile de calculer des revenus moyens représentatifs de ce que gagnent réellement les traders pour compte propre. Un chose est sûre c’est un revenu normalement très confortable…

Le Trading pour le compte d’autrui

Le travail d’un trader employé par une banque ou une opération financière peut prendre des formes très variées. Il peut opérer non seulement sur les marchés actions ou obligataires, mais aussi sur les matières premières, sur les fonds communs de placement ainsi que sur des produits plus complexes. 

Certains traders travaillant pour le compte de banques d’investissement ne sortent jamais des salles de marché dans lesquelles ils opèrent ; d’autres peuvent aussi tenir un rôle de conseiller à l’égard d’une clientèle cherchant à faire fructifier ses actifs. 

De plus, on trouve des profils très variés : des économistes ou spécialistes des mathématiques très diplômés côtoient des autodidactes qui ont appris sur le tas. L’ancienneté et le nombre d’années d’expérience jouent bien sûr un rôle, tout comme le talent.

Notez que le fait de travailler pour une banque ou un fonds spéculatif procure des avantages qui améliorent la rémunération des traders. En effet, les traders employés par ces institutions disposent en général de capitaux bien plus importants et d’outils spécialisés très efficaces. De plus, ils ont en général accès à une information de bonne qualité, distillée par des économistes et des analystes très pointus. Le fait qu’ils ne misent pas leur propre argent est évidemment un facteur crucial.

Sans surprise, les revenus de ces traders sont très disparates, en fonction de ces différents paramètres. 

Les revenus des traders salariés

Les salaires des traders

Les données de Glassdoor, actualisées au 30 novembre 2020, nous indiquent qu’en France, un trader en France gagne en moyenne 63 509 € annuels (hors bonus). Mais comme nous l’avons vu, les profils sont très variables, et il n’y a pas de réelle homogénéité des salaires.

Les moins bien rétribués (juniors) perçoivent 39 000 €, alors que les traders chevronnés touchent 121 000 €, selon les mêmes statistiques. 

De même, les écarts sont énormes entre les différents employeurs. Ainsi, un trader chez BNP Paribas gagne en moyenne 91 418 € par an, alors que son collègue de la Société Générale n’empoche “que” 57 752 € au cours de la même période. Au CIC, le salaire rapporté ne dépasse pas 37 000 €. 

Remarquablement, le salaire des traders allemands est sensiblement équivalent à celui des traders français (63 788 € en moyenne à Francfort). En revanche, les traders de la City perçoivent plus que leurs homologues français et allemands (78 000 euros), mais ils sont battus par les traders suisses. Un trader zurichois moyen perçoit en effet 108 000 euros annuels.

Enfin, les grandes places financières internationales sont celles qui génèrent les plus gros salaires : un trader de Wall Street gagne en moyenne 116 000 dollars annuels (près de 95 000 euros), tandis que son collègue de Hong Kong touche environ 97 000 euros. 

Les grandes banques d’investissement américaines sont aussi réputées pour leur générosité. Les traders les mieux payés de Bank of America percevraient 275 000 euros ; un salaire très voisin de celui pratiqué chez Morgan Stanley, mais très inférieur au traitement de Citibank qui atteindrait 435 000 euros. 

Les banques américaines ont tendance à mieux payer les traders que les banques européennes non seulement parce qu’elles gagnent plus d’argent, mais aussi parce que les bonus des traders américains ne sont pas encadrés comme le sont ceux de leurs collègues européens. Vous souvenez-vous du bonus légendaire de Tom Malafronte, un trader de Goldman Sachs, en 2016 ? Ce spécialiste des obligations spéculatives avait perçu la bagatelle de 100 millions de dollars

Les “high earners”

Le rapport de l’autorité bancaire européenne (APE) concernant les “high earners” (les salariés d’établissements bancaires et financiers ayant perçu au moins un million d’euros de rémunération annuelle) indique qu’en 2018, 4938 employés d’établissements bancaires européens se sont classés dans cette catégorie. L’année précédente, leur nombre était de 4861. Le rapport indique également que les plus hauts salaires ont atteint 39 millions d’euros.

Ce rapport se fonde bien entendu sur les gains totaux de ces employés, c’est-à-dire leur salaire fixe additionné de leur bonus. Il précise aussi qu’en 2018, la rémunération variable a représenté en moyenne 139 % de la rémunération fixe.

L’année dernière, la même institution avait indiqué que près des trois quarts de ces “high earners” (soit 3567 banquiers/traders/gérants de fonds…) sur un total de 4859 ayant perçu plus d’un million d’euros à l’époque) vivaient au Royaume-Uni. 390 autres vivaient en Allemagne, tandis que la France n’en recensait que 233.

On le voit donc, l’Hexagone n’est pas le pays qui rémunère le mieux les professionnels de la finance, loin de là… Là aussi, les grandes places financières mondiales tirent leur épingle du jeu, en comparaison des autres pays riches. 

Rappelons à cet égard que ces trois nations appartenant à l’Union européenne sont tenues de pratiquer l’encadrement des salaires des professionnels de la finance.

Le plafonnement des bonus des traders européens

En effet, au lendemain de la crise financière de 2008, on a accusé les banquiers et les professionnels de la finance d’avoir pris des risques inconsidérés dans l’espoir de percevoir des bonus plus importants et d’avoir de ce fait contribué à aggraver la crise. En conséquence, l’Union européenne a décidé d’encadrer les bonus des banquiers, des gérants de fonds et des traders. Désormais, leurs bonus annuels ne peuvent dépasser le double de leur salaire fixe.

Les banques ont critiqué cette mesure, affirmant qu’elle allait les priver des meilleurs collaborateurs qui ne manqueraient pas de s’expatrier pour profiter de meilleures conditions. Mais d’après l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran, professeur d’économie monétaire et financière à l’université Paris 1, elles auraient pris les devants et auraient augmenté les salaires fixes de leurs collaborateurs de manière préventive avant l’entrée en vigueur de cette réglementation. Ainsi, elles disposent d’une plus grande marge de manœuvre pour leur attribuer des bonus plus généreux.

Mais ce n’est pas tout : la mesure s’accompagne d’une clause de « Claw Back”, qui prévoit que le paiement d’une partie des bonus est différé dans le temps, et sujette à la réalisation de certaines conditions de performance.

Cette clause vise à éliminer les prises de risques trop grandes motivées par l’espoir d’obtenir un bonus plus important. Autrement dit, désormais, les traders employés des banques sont rémunérés non seulement en fonction de leurs performances, mais aussi en fonction de leur comportement.

Selon l’Autorité bancaire européenne, la France et le Royaume-Uni seraient les deux pays les plus affectés par ces mesures : la première, parce qu’elle offre les salaires fixes les plus faibles, et la seconde, parce qu’on y trouve au contraire les plus grosses rémunérations.

“La mort du trading”

Le métier de trader n’a pas échappé à la révolution du numérique, et il est même l’une des professions les plus durement touchées par cette évolution.

Depuis le milieu des années 2010, le courtage des actions à Wall Street et dans les autres grandes places financières a connu un vaste mouvement de robotisation. En conséquence, pas moins de 3000 traders employés par les 12 plus grandes banques du monde ont été licenciés ou sont partis en retraite sans être remplacés entre 2014 et 2018. En effet, leurs employeurs ont préféré les remplacer par des algorithmes.

Ces algorithmes coûtent en moyenne 5 fois moins cher. En outre, ils ne réclament pas d’augmentation ou de congés payés, ne sont jamais malades et n’éprouvent pas la tentation de prendre des risques inconsidérés…

Les premiers traders remerciés étaient actifs sur les marchés obligataires et actions, plus simples à appréhender. Mais progressivement, les algorithmes se sont aussi imposés sur les marchés de produits plus complexes, tel que le change et les futures.

Ainsi, selon l’institut de recherche Coalition, entre le premier semestre 2014 et le premier semestre 2019 les effectifs du personnel de front office des banques du monde entier ont fondu de 11 %. Et les traders figurent parmi les professions qui ont eu le plus lourd tribut à payer. Dans le courant de l’année 2017, on avait appris qu’il ne restait plus que… 2 traders sur les 600 que Goldman Sachs – un temple de l’investissement – employait à New York au début de ce millénaire. 

Dans l’un de ses articles, le magazine Fortune a résumé cette tendance dans son titre : “The Death of Trading”, la mort du trading

Sans surprise, l’automatisation du trading exerce une pression sur les salaires depuis plusieurs années (il y a de moins en moins de postes offerts). On assiste donc à un effritement des salaires et des bonus.

De beaux salaires certes, mais moins d’opportunité.

Le trading pour compte d’autrui offre donc de belles rémunérations, notamment sur les grandes places internationales. Mais c’est aussi un métier menacé par le numérique. Cela signifie que les places à prendre seront de moins en moins nombreuses.

On peut donc s’attendre à un effondrement progressif des salaires combiné à des exigences en matière de diplômes et d’expérience de plus en plus importantes à l’embauche. Une perceptive peu reluisante, qui nous laisse croire que la voie royale est peut-être de garder son indépendance ?

Par Audrey

Journaliste et rédactrice indépendante, je suis spécialisée dans les sujets économiques même complexes.

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