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Wall Street et la Bourse de New York, au cœur de la finance.

wall street et la bourse de new york

548,80 $, exactement.

C’est ce que vous auriez gagné si vous aviez acheté 1 seule action Tesla il y a exactement un an, lorsqu’elles ne cotaient “que” 159,75 $ au Nasdaq. Aujourd’hui, sa valeur dépasse les 708 $, ce qui correspond à une performance brute de presque 344 %.

Outre le tournis, ces chiffres donnent une furieuse envie d’élargir nos frontières et de s’intéresser à la bourse de New York afin de pouvoir profiter de ces performances spectaculaires.

Au cœur de Wall Street : Comment fonctionne la bourse américaine ? Nous vous proposons un voyage fascinant outre-Atlantique à la découverte des 2 premières places boursières mondiales.

Une pincée de l’histoire de Wall Street

La bourse de New York se compose de 2 places boursières américaines, le New York Stock Exchange et le Nasdaq.

Les origines du New York Stock Exchange remontent en 1792, lorsque 34 agents de change ont signé un accord, l’accord de Buttonwood. Ce nom faisait référence au platane sous lequel ils avaient l’habitude de se réunir pour négocier des titres. Cet arbre était situé au 68, Wall Street, une rue dans le sud de l’île de Manhattan. 

Au départ, la cote n’était composée que de cinq titres : trois obligations d’État et deux actions de banques. Mais après la signature de cet accord, l’activité s’est rapidement développée. En 1863, cette bourse a été officiellement rebaptisée “New York Stock Exchange” (NYSE). 

Une trentaine d’années plus tard, l’indice Dow Jones Industrial Average, basé sur les actions de 11 grandes entreprises nationales (dont une majorité de compagnies de chemin de fer) voyait le jour. La Securities and Exchange Commission (SEC), quant à elle, a été créée pour surveiller les échanges dès 1934.

La bourse de New York est aussi célèbre pour ses crises. On se souvient notamment du « lundi noir » du 28 octobre 1929, prélude à un effondrement de près de 40 % des cours en seulement 3 semaines. 

L’éclatement de la bulle dotcom en 2000, quant à lui, a provoqué un écroulement du Nasdaq composite de près de 85 %. Et l’année 2008, marquée par la crise des subprimes, a été ponctuée de plusieurs mini-krachs. Le 20 novembre 2008, le Dow Jones avait perdu 43 % par rapport à son niveau du début de l’année.

Le New York Stock Exchange (NYSE)

Aujourd’hui, le siège du NYSE est situé à l’angle de Broad et Wall Street à New York, ce qui lui vaut son surnom de “Wall Street“.

Cette place boursière se targue de cumuler la plus grosse capitalisation boursière mondiale, combinée à la plus grande collection d’entreprises cotées en bourse.

La capitalisation globale atteint actuellement 24,5 trillions de dollars (c’est-à-dire, 24 500 milliards de dollars[1]…). C’est plus de 10 fois celle de la bourse de Paris. Chaque jour, on y négocie pour près de 123 milliards de dollars de transactions au travers de 9 millions d’actions et autres titres portant sur quelque 2400 sociétés cotées (dont environ un quart de sociétés étrangères). Ces volumes d’échange pharaoniques génèrent une excellente liquidité.

Jusqu’au début de la pandémie, les transactions pouvaient s’effectuer de manière électronique ou physiquement dans la salle des marchés du NYSE. Mais en mars 2020, le « floor », comme on la surnomme, a été fermé et les opérateurs à la criée ont été priés de rester chez eux. Depuis, toutes les transactions sont réalisées de manière électronique. À ce jour, la salle des marchés est toujours fermée.

Le Nasdaq

Le NASDAQ (National Association of Securities Dealers Automated Quotation system ou système de cotation automatisée de l’association nationale des négociants en bourse) était le premier marché boursier électronique lorsqu’il a été créé en 1971. 

En 2019, il intégrait 3200 valeurs, pour la plupart issues du monde technologique, avec une capitalisation boursière de 19 000 milliards de dollars. Le Nasdaq s’est ainsi imposé comme le second marché mondial, juste derrière le NYSE. Il est aussi la place boursière préférée des capital-risqueurs.

Sur cette place, les échanges se font en continu, et on y recense jusqu’à 900 transactions à la seconde.

Quelles sont les différences entre le Nasdaq et le NYSE ?

Le NYSE et le Nasdaq fonctionnent de manière différente :

  • Le NYSE repose sur le principe de la vente aux enchères. Les acheteurs et les vendeurs proposent des prix d’achat et de vente, et la transaction est conclue lorsque les deux prix coïncident.
    En revanche, sur le Nasdaq, ce sont les courtiers qui fixent les cours, en mettant constamment à jour les cours à l’achat et à la vente des titres.
  • L’inscription à la cote au NYSE est aussi beaucoup plus coûteuse qu’au Nasdaq. Pour figurer parmi les sociétés cotées du Nasdaq, les entreprises les plus modestes doivent débourser entre 55 000 et 80 000 $, contre plus de 150 000 $ au New York Stock Exchange.
  • Le NYSE est traditionnellement la place boursière des sociétés bien établies. Au contraire, le Nasdaq concentre plutôt des sociétés récentes, souvent dans le secteur des technologies. En conséquence, les investisseurs ont tendance à considérer que les titres du Nasdaq sont plus risqués que ceux du NYSE.
  • Enfin, n’oubliez pas non plus qu’au New York Stock Exchange, les transactions sont réalisées par des brokers présents physiquement pour “crier” leurs ordres (toutefois, aujourd’hui, ils ne crient plus et tout se passe sur des terminaux électroniques). Au Nasdaq, les négociations sont traitées de manière entièrement électronique. 

Et selon Stacy Cunningham, présidente de la bourse de New York, cela fait une réelle différence : “Le jugement humain combiné aux dernières technologies se traduit par une volatilité réduite et des spreads (écarts de cotation) plus serrés”[2].

Quelles sont les conditions qu’une société doit remplir pour être cotée à Wall Street ?

Les sociétés qui peuvent être introduites à Wall Street sont les sociétés privées comportant au moins 400 actionnaires et 1,1 million d’actions en circulation. Elles doivent également avoir une capitalisation « publique » (autrement dit, la part de la capitalisation détenue par le public) d’au moins 40 milliards de dollars. De même, la valeur de leur part doit être de 4,00 $ au minimum.

Pour obtenir le feu vert de leur inscription, elles doivent soumettre des documents financiers montrant qu’elles ont réalisé au moins 10 millions de dollars de bénéfices au cours des 3 dernières années, ou bien qu’elles disposent d’une capitalisation boursière d’au moins 200 millions de dollars.

Après examen de leurs statuts, de leurs rapports financiers et des informations concernant leurs dirigeants, les sociétés qui ont obtenu l’accord des autorités financières peuvent être introduites à la bourse de New York dans le mois qui suit.

Les principaux indices de la bourse new yorkaise

Le NYSE et le Nasdaq ont tous les deux leurs propres indices :

  • Le NYSE composite et le NYSE index pour le NYSE ;
  • Le Nasdaq composite et le Nasdaq 100, qui sont bien plus connus, pour le Nasdaq.

Cependant, il existe également d’autres indices populaires, créés par des organismes tiers :

  • le Dow Jones Industrial Average, appelé familièrement Dow Jones, ou même Dow, qui est le plus vieil indice boursier du monde. Il a été créé au début du XXe siècle, lorsque deux journalistes financiers ont décidé de créer la société d’analyse financière Dow Jones.
  • Le S&P 500, créé par la société de notation financière Standard & Poor’s en 1957.

Le Dow Jones englobe les valeurs de 30 firmes de référence actives dans un vaste éventail de secteurs. 

De temps à autre, une entreprise peut être exclue de ce panel, lorsque ses performances laissent à penser qu’elle est en déclin. C’est ce qui s’est produit en 2018, lorsque General Electric a été remplacée par Walgreens Boots Alliance Inc., une chaîne de distribution de produits de parapharmacie, après 111 ans de présence dans le panier de valeurs du Dow.

Le S&P 500 regroupe quant à lui… les valeurs de 500 mastodontes de l’économie américaine, comme son nom l’indique. Cet échantillon plus large lui permet d’incarner la capitalisation de 80 % du marché américain. C’est sans doute pour cette raison qu’il est considéré comme le plus représentatif de la bourse américaine.

Ces deux indices se basent sur une majorité de titres cotés sur le NYSE, mais ils intègrent également des valeurs cotées au Nasdaq. Le Dow Jones prend ainsi en compte les valeurs d’Apple, de Cisco, d’Intel, d’IBM et de Microsoft. Pour l’indice S&P 500, la proportion de titres du Nasdaq représente le quart des valeurs de référence.

Comment trader la bourse américaine ? Informations pratiques

Les horaires

Du lundi au vendredi, la bourse new-yorkaise ouvre à 9h30 et ferme à 16h00, heure de New York. Cela correspond à 15h30 et 22h00 respectivement, heure française.

En pratique, les négociations se poursuivent après la clôture officielle des transactions sur le NYSE. Par le passé, ces négociations « after-hours » étaient réservées aux investisseurs institutionnels. 

Toutefois, les sociétés de courtage en ligne ont ouvert ces services au grand public. Il est donc dorénavant possible d’effectuer certaines transactions après la fermeture du marché.

Quels sont les meilleurs moments pour acheter et vendre sur les marchés boursiers américains ?

Quelles sont les meilleures heures pour investir à New York ?

En général, les volumes d’échanges et la volatilité sont plus importants au cours de la première et de la dernière heures de la séance que sur le reste de la journée de négociation.

Selon des traders aguerris, le tout début de la séance est le meilleur moment pour acheter des titres ayant fait l’objet de nouvelles positives au cours du week-end ou de la nuit précédents. Sans surprise, l’influence de ces bonnes nouvelles se fera le plus sentir au cours des 2 premières heures qui suivent l’ouverture des marchés. Tout simplement parce que le potentiel d’appréciation du titre est maximum à l’ouverture des marchés, compte tenu que les marchés n’ont pas encore intégré cette information positive.

De façon similaire, il est conseillé de vendre un titre au cours de la dernière heure de la séance de négociation (entre 15h00 et 16h00, heure de New York, soit entre 21h00 et 22h00, heure française).

En effet, le cours du titre en question a probablement déjà atteint son niveau le plus élevé dans le courant de la journée. Son prix est donc plus susceptible de descendre à la clôture. En outre, les investisseurs ont eu le temps de prendre connaissance des éventuelles informations de nature à influer sur le cours de cette valeur au cours de la journée. Le cours de cette valeur a donc déjà pris en compte ces éléments, ce qui exclut en général l’hypothèse d’une correction de dernière minute.

Enfin, les « day traders » cherchent à liquider leurs positions pour prendre leurs bénéfices avant la clôture afin de ne pas avoir à le faire au-delà de la fermeture des marchés. Il est donc possible de réaliser des plus-values en effectuant des ventes à découvert sur les titres dont on anticipe qu’ils seront liquidés et que leur cours va donc baisser en conséquence. (Il faut être certain d’effectuer ces ventes avant que les courtiers ne liquident leurs positions).

Les meilleurs jours de la semaine pour trader la bourse de New York

Traditionnellement, on parlait du « Monday or weekend effect. » Selon ce principe, lorsque le marché était haussier le vendredi, la hausse se poursuivait le lundi suivant.

Néanmoins, cette règle ne s’applique plus et désormais, on s’attend à ce que les cours baissent le lundi, surtout si des actualités négatives ont été publiées au cours du week-end. Mais cela crée de nouvelles opportunités : il suffit d’attendre que ces mauvaises nouvelles aient été assimilées par les marchés et qu’elles se traduisent par des corrections pour acheter des titres dépréciés.

D’un autre côté, le vendredi est en principe le meilleur jour de la semaine pour vendre des actions, surtout lorsque le lundi suivant est férié. En effet, les courtiers couvrent leurs positions à découvert pour éviter de payer des intérêts sur ces shorts pendant le week-end. Les marchés américains ont donc tendance à rebondir le vendredi, d’autant que certains agents parient sur la publication de bonnes nouvelles au cours du week-end.

Il peut donc être judicieux d’attendre cette hausse du vendredi pour shorter un titre. Vous couvrirez votre position courte le lundi suivant, en misant sur le fait que les marchés boursiers ouvriront à des niveaux inférieurs.

Les meilleurs jours de la semaine pour acheter ou vendre des titres à Wall Street

Compte tenu que les organismes de placement collectif américains effectuent leurs ajustements mensuels de portefeuilles en début de mois, il vaut mieux attendre la période entre le 10 et le 15 du mois pour acheter des actions. En effet, suite au fort volume de transactions générées par ces ajustements, l’activité connaît un creux relatif qui favorise une baisse des cours en milieu de mois, ce qui rend les titres plus attractifs.

De plus, la publication des rapports financiers a souvent une influence sur les cours. Le jour de la publication de ces rapports ouvre donc des opportunités à la vente ou à l’achat.

Inversement, le meilleur jour du mois pour vendre des actions se situe généralement à la fin du mois. En effet, durant la dernière semaine du mois, les gérants de fonds américains complètent souvent le portefeuille de ces fonds en achetant davantage des titres qui ont le mieux performé au cours du mois. Ces achats font monter le cours des titres en question. Si vous êtes détenteurs de ces valeurs et que vous êtes disposés à les vendre, vous pourrez optimiser votre plus-value.

L’agenda des marchés boursiers de New York

La Bourse de New York est fermée les week-ends et les jours fériés suivants :

  • le 1er janvier de chaque année (jour de l’An, ou le jour ouvré suivant si c’est un jour de weekend) ;
  • le Martin Luther King, Jr. Day (le troisième lundi du mois de janvier, soit autour du 15 janvier) ;
  • le Presidents Day (le troisième lundi de février) ;
  • le Vendredi saint (le vendredi précédant le dimanche de Pâques) ;
  • le Memorial Day (le dernier lundi du mois de mai) ;
  • l’Independence Day (le 4 juillet, ou le jour ouvré suivant si c’est un jour de weekend) ;
  • la Fête du travail, ou Labor Day (le 1er lundi du mois de septembre) ;
  • le Thanksgiving Day (le quatrième jeudi du mois de novembre) ;
  • Le jour de Noël (le 25 décembre, ou le jour ouvré suivant si c’est un jour de weekend).

Cela nous donne donc, pour les prochaines dates des jours fériés de l’année 2021 :

  • Le Memorial Day : le lundi 31 mai 2021 ;
  • l’Independence Day tombe un dimanche, le jour férié est donc le lundi 5 juillet 2021 ;
  • le Labor Day : le lundi 6 septembre 2021 ;
  • le Thanksgiving Day : le jeudi 25 novembre 2021 ;
  • Le jour de Noël est un samedi, le jour férié est donc le lundi suivant, soit le lundi 27 décembre 2021.

La nécessité de passer par un courtier

Pour acheter ou vendre des titres à Wall Street, il faut passer par un courtier (qui peut très bien être une plateforme telle que Degiro, par exemple). 

Attention, les frais des brokers traditionnels sont généralement bien plus élevés sur les marchés américains que sur Euronext. Dans ce domaine, les plateformes de courtage en ligne low-cost vous permettront de réaliser des économies, avec des commissions qui s’élèvent à quelques centimes d’euros seulement pour certaines d’entre elles (Cf. Degiro).

Quelques clés économiques pour investir à Wall Street

Quels sont les indicateurs économiques à suivre ?

Ces grands indicateurs sont particulièrement suivis par les investisseurs américains :

  • Le Federal Open Market Commitee (FOMC) : Ce comité donne des indications sur les orientations de la politique monétaire américaine. (Pour mémoire, l’actuel président de la Fed est Jérôme Powel).

En particulier, il fixe le niveau du taux d’intérêt directeur américain et détaille les mesures prises par la Fed en matière de politique monétaire (achat de bons du Trésor, notamment). Le rapport du FOMC est publié toutes les six semaines, en principe le mardi ou le mercredi. En général, les décisions prises en matière de taux d’intérêt sont connues à l’avance.

  • On peut également citer le Monetary Policy Report élaboré par le conseil des gouverneurs de la Fed. Il s’agit du rapport de politique monétaire qui est présenté tous les semestres au congrès américain (en février et en juillet). Il décrit les mesures prises en matière de politique monétaire, ainsi qu’une description de la situation économique et financière du pays. 
  • Le NFP (Non Farm Payrolls) : cet indicateur publié tous les premiers vendredis de chaque mois expose le nombre d’emplois créés aux États-Unis dans les secteurs non agricoles au cours du mois écoulé. De ce fait, il fournit une bonne description du dynamisme de l’économie américaine. Pour cette raison, c’est un indicateur très suivi.
  • Le CPI (Consumer Price Index) : c’est l’équivalent de notre indice des prix à la consommation, et comme chez nous, il révèle la présence éventuelle d’inflation. En principe, la Fed intervient pour éviter toute surchauffe de l’économie. Une remontée de l’inflation est donc suivie de très près par les investisseurs, dans la mesure où elle encouragerait la banque centrale américaine à relever ses taux d’intérêt. La publication de cet indice est mensuelle, et survient en principe vers la fin de la première quinzaine du mois.
  • L’Indice ISM (Institute for Supply Management). Il mesure le niveau de confiance des décisionnaires des secteurs manufacturiers. Celle-ci transparaît au niveau des niveaux de commandes, embauches, mais aussi des délais de livraison et des niveaux de stocks des entreprises de ces secteurs.
  • Un indice supérieur à 50 témoigne d’un essor de l’économie. En revanche, une valeur en-deçà de 50 traduit une potentielle récession. Cet indice est publié mensuellement, en principe dès le premier jour ouvrable du mois suivant.

Quelles sont les perspectives actuellement ?

Paradoxalement, la crise du Coronavirus a alimenté un rallye inédit à Wall Street. Les valeurs de tous les marchés se sont envolées. Le cours du bois n’a jamais été aussi élevé ; l’immobilier a retrouvé ses niveaux de prix d’avant la crise de 2008. Quant aux valeurs technologiques, elles ont quasiment toutes vu leur cours presque doubler. Les indices américains pulvérisent record après record[3] : le S&P 500 en est à son 23e sommet le plus élevé de l’année, et le Dow, à son 21e.

Le phénomène a maintenant son surnom : le « everything rally », qui évoque bien cette frénésie à sauter sur toutes les opportunités, même les plus douteuses.

L’enthousiasme a également gagné les cryptomonnaies mais aussi le capital-risque. Les capitalisations des start-ups n’ont jamais été aussi élevées, et les capital-risqueurs offrent 5 fois plus de capitaux aux start-ups qu’elles n’en réclament.

Mais cette fièvre totalement déconnectée de la réalité économique angoisse tout autant qu’elle ravit. Beaucoup d’investisseurs s’inquiètent en effet d’un retour de manivelle dévastateur. Comme toujours, la bulle est alimentée par un excès de confiance, et la croyance que les cours ne peuvent que monter. Les fondamentaux des entreprises sont totalement ignorés. Les titres de Tesla se négocient à un niveau 1130 fois plus élevé que ses bénéfices par part sur les 12 derniers mois. Même des start-ups qui n’ont jamais généré un dollar de bénéfice voient leur cours flamber.

Pour acheter des titres, les investisseurs utilisent massivement l’effet de levier. Les données de février montrent qu’ils avaient emprunté 814 milliards de dollars pour financer leur portefeuille, ce qui correspond à une hausse de 49 % par rapport à l’an passé[4]. La dernière fois qu’on avait enregistré un tel recours au crédit, c’était en 1999, avant l’éclatement de la bulle dotcom.

Bien entendu, cet effet de levier contribue à amplifier la flambée des cours, tout en augmentant les risques courus par les investisseurs. Et ce, d’autant qu’en parallèle, les investisseurs n’hésitent plus à acheter des produits financiers complexes dont ils ne saisissent pas forcément les tenants et aboutissants.

D’un autre côté, on enregistre déjà quelques gradins spectaculaires. Les débâcles récentes liées aux ventes à découvert d’Archegos Capital Management vis à vis de GameStop sont révélatrices des risques associés au recours important à l’effet de levier favorisé par les taux d’intérêt très bas. 

L’ETF ARK Innovation, qui parie sur des entreprises déficitaires investissant lourdement dans l’innovation, a chuté de 23 % par rapport à son pic de la mi-février. 

Un sondage réalisé par E*Trade Financial au début de ce mois montre que 70 % des 957 investisseurs individuels interrogés estiment que le marché est dans une bulle.

Cela signifie-t-il que nous sommes au bord du krach ? Pas forcément, indique le Wall Street Journal. Il explique que le cours de certaines actions a déjà été légèrement corrigé. La hausse des taux d’intérêt sur les bons du Trésor a en effet atténué l’attrait qu’elles exerçaient sur les investisseurs. C’est notamment le cas d’Amazon ou de Netflix, par exemple.

Mais surtout, les plans de relance massifs décidés par de nombreux gouvernements, dont celui des États-Unis, continuent de soutenir les marchés. Depuis le début de la crise sanitaire, la Fed a abaissé ses taux d’intérêt, désormais quasiment nuls, et musclé son programme de rachat d’obligations. Des milliards de dollars d’aides ont également été injectés dans l’économie pour contrer la récession provoquée par le lockdown.

Pour le moment, la Fed ne semble pas décidée à durcir sa politique monétaire dans un proche avenir. Ce simple fait alimente l’euphorie : en effet, le taux d’intérêt est l’une des variables utilisées dans les modélisations que les analystes utilisent pour actualiser les revenus futurs des entreprises. Des taux d’intérêt plus faibles ont tendance à majorer les résultats extrapolés… et donc, l’engouement pour les titres en question.

D’ailleurs, les grandes banques américaines penchent pour le scénario d’une croissance soutenue au moins jusqu’à la fin de cette année, voire sur les prochaines années. Elles anticipent une ruée sur la consommation avec la fin de la crise sanitaire, et des dépenses d’infrastructures du gouvernement pour soutenir la croissance. Trois d’entre elles, Goldman Sachs, JPMorgan Chase et Wells Fargo ont même décidé de réduire les provisions[5] qu’elles avaient constituées au début de la crise sanitaire pour faire face à une potentielle hausse des défaillances de crédit. Mais cette hausse n’a finalement pas eu lieu, et toutes trois ont enregistré des bénéfices trimestriels ronflants.

C’est donc peut-être l’économiste Paul Krugman, détenteur du Prix Nobel d’économie en 2008, qui résume le mieux le paradoxe actuel[6] :

« Ce qui est mauvais pour l’Amérique est parfois bon pour le marché. […] vous devez vous rappeler trois règles. Premièrement, le marché boursier n’est pas l’économie. Deuxièmement, le marché boursier n’est pas l’économie. Troisièmement, le marché boursier n’est pas l’économie […]. La relation entre la performance des actions – largement déterminée par l’oscillation entre la cupidité et la peur – et la croissance économique réelle a toujours été à mi-chemin entre molle et inexistante. »

Que penser du projet de loi visant à augmenter l’imposition sur les plus-values ?

Pendant sa campagne électorale, le président américain Joe Biden avait bien fait comprendre qu’il mettrait fin aux largesses accordées aux entreprises pendant la présidence Trump. Ainsi, le taux d’imposition des sociétés, qui avait chuté à 21 % sous l’administration de son prédécesseur, est repassé à 28 %. En outre, désormais, les sociétés qui réalisent plus de 100 millions de dollars de bénéfices devront s’acquitter d’un impôt minimum de 15 %.

De même, les charges sociales ont été relevées pour les contribuables qui gagnent plus de 400 000 $. Plus récemment, Joe Biden a annoncé qu’il allait augmenter la taxation des plus-values de long terme[7] pour les Américains les plus riches. La taxe, qui s’appliquerait sur les plus-values réalisées par les personnes percevant un revenu annuel d’au moins un million de dollars sur des titres détenus pendant plus d’un an, pourrait presque doubler pour atteindre 43,4 %.

Le président américain souhaite ainsi financer son programme « American Families », consistant à augmenter les subventions versées pour la garde d’enfants et à assurer la gratuité de l’entrée dans les universités.

Rappelons que cette taxe se compose d’un impôt sur les plus-values et d’une surtaxe de 3,8 % créée pour financer le programme de santé américain, Medicare. Cette dernière ne frappe que les revenus excédant les 200 000 $ (ou 250 000 $ pour les revenus des couples mariés).

Actuellement, elle se monte à 23,8 % au total (20 % pour la taxation des plus-values et 3,8% pour le programme Medicare). 

En revanche, les plus-values de court terme sont taxées comme les salaires.

Aux États-Unis, les charges sociales sur les salaires les plus élevés atteignent 37 %. Autrement dit, la taxation des plus-values de long terme est actuellement plus favorable que la taxation des salaires. La Maison-Blanche veut donc instituer une équivalence pour les millionnaires. Désormais, ils payeront grosso modo autant de charges sur leurs plus-values de long terme qu’ils en payent sur leur salaire.

Néanmoins, comme la taxation ne s’appliquera pas sur les gains dégagés à l’intérieur des plans 401(k) (un système d’épargne retraite par capitalisation très populaire aux Etats-Unis,  ni sur d’autres types de comptes de retraite, les ¾ des actionnaires américains qui investissent dans le cadre de ces formules échapperont totalement à cette taxation. 

Son impact sera donc assez limité, ce que le marché semble avoir intégré. 

On ne sait pas encore si ces propositions de loi seront avalisées par le Sénat américain. Les démocrates n’y disposent que d’une très faible majorité. Selon certains analystes, il est donc possible que ce projet de hausse d’impôts soit prochainement enterré.

Toutefois, cette possibilité inquiète certains investisseurs, et notamment les spécialistes du change. Ils craignent en effet que les investisseurs américains soient tentés de se tourner vers des investissements étrangers, ce qui ferait chuter le cours du dollar. Le cours du Bitcoin et le dollar ont chancelé ces derniers jours pour cette raison. Mais l’optimisme de Wall Street semble avoir repris le dessus.

Conclusion

Après ce tour d’horizon, il ne nous reste plus qu’une recommandation à vous faire : n’oubliez jamais que Wall Street est un marché très réactif et brutal.

Ses descentes aux enfers sont aussi rapides que ses flambées…

Restez donc très prudents, et surtout, ne cédez pas à la fièvre ambiante, le FOMO fait partie des nombreux pièges de la bourse. Ne soyez pas un “piker” : renseignez-vous et prenez des décisions éclairées.


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