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Est-ce VRAIMENT le bon moment pour investir en bourse ?

Après le fort décalage des indices boursiers – CAC40, DAX30, S&P500, NASDAQ et DOW JONES pour les connus – des ces dernières semaines laissant un creux de 35%, à date, sur la quasi-totalité des actions. On peut se demander si ce n’est pas le moment d’investir en bourse, si ce n’est pas l’opportunité de la décennie, et si il ne serait pas bon maintenant de se placer par peur de louper l’une des chances de notre vie.

Surtout que des facteurs encourageants nous en avons à court-terme. Les Banques Centrales des différents pays ou continents, en plus d’injecter de l’argent dans les marchés financiers pour augmenter la liquidité – qui pour le moment permet surtout aux gros capitaux de sortir des marchés (banques, fonds d’investissement) – baissent leurs taux d’intérêts. Le 15 mars dernier la FED (Réserve fédérale américaine) a historiquement baissé ses taux de 100 points de base (1%)[1] pour soutenir l’économie.

"C’est le moment d’investir en Bourse" s'exclama Agnès Pannier-Runacher

C’est le moment d’investir en Bourse” s’exclama Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances le 10 mars 2020 sur le plateau de CNEWS. Une aberration tant la volatilité est présente mais dont les premières motivations sont, sans doute, de soutenir l’économie. A l’issue de cette déclaration le CAC40 a encore perdu 16% en quelques jours. Alors OUI, la correction actuelle est probablement la source d’une belle opportunité à venir, mais le timing d’entrée en position doit interroger et devant les risques actuels nous avons souhaité écrire.

L’État des lieux des actions

Sans surprise certains secteurs souffrent davantage face à la crise du Coronavirus c’est le cas du secteur aéronautique porté en partie par BOEING, déjà en difficulté sur l’année 2019, recule de 70% sur le dernier mois et demande un plan d’urgence de 60 milliards de dollars pour sauver l’aéronautique américaine[2] et Airbus, moins en mal, recul tout de même de 60% mais tient à relancer sa production. Les commandes s’annulent au fur et à mesure que les vols commerciaux restent interdits.

Le secteur de l’immobilier commercial est également pénalisé en bourse même si un premier rebond commence à se former. La fermeture des commerces et les incertitudes sur le report des loyers (principal revenu des foncières) laissent les investisseurs sans repère. Unibail-Rodamco-Westfield, déjà en difficulté depuis le rachat de Westfield, s’est échangé à 50€ le 18 mars 2020 contre 130€ le 14 février 2020 quand Klépierre s’échangeait à 60% de sa valeur de février.

Enfin le secteur bancaire, toujours en difficulté lors des crises économiques et pressurisé par les taux d’intérêts au plus bas, recule du même ordre (Société Générale -56%, BNP PARIBAS -51%, Crédit Agricole -51%).

Peu d’action tire finalement profit de cette situation. Même les secteurs pharmaceutique et agro-alimentation mis en avant et fonctionnels, abandonnent 20% en moyenne. Les profits générés par certaines enseignes alimentaire comme CARREFOUR, liés aux affluences exceptionnelles des derniers jours avant confinement, vont maintenant se réduire drastiquement.

On ne retient pas un couteau qui tombe.

Même si cette adage boursier n’a rien de scientifique, les exemples ont démontré qu’il était particulièrement intéressant de le suivre. Car en bourse, la fluctuation d’un cours se réalise en fonction de l’offre et de la demande, et comme nous, “petits investisseurs”, n’avons pas toutes les informations disponibles sur une entreprise ou un marché, il est plus logique de croire que si une valeur présente un désintérêt des investisseurs, alors ce désintérêt va continuer.

C’est le cas de l’action RENAULT, qui depuis un an est considéré comme une anormalité de marché pour beaucoup, une sous-évaluation lorsque l’action atteint 60, puis 50, puis 40€. Mais qui n’a pourtant pas manqué de poursuivre sa chute avec cette épisode du coronavirus (-66%) avec un plus bas à 13€. Sans rappeler qu’il est difficile de s’extraire d’une perte lorsqu’on a la conviction “d’avoir raison.”

Ne pas avoir peur de louper le rebond

Un rebond technique fiable ne peut arriver que si la volatilité et les inquiétudes retombent, bien que les investisseurs peuvent déjà avoir évaluer le risque économique majeur dans les actions d’aujourd’hui (c’est ce qu’on appelle avoir “pricer” le risque). Restons factuel et discipliné pour évaluer l’état d’aujourd’hui :

  • L’indice VIX, l’indice de la peur est à un niveau historique (64%). Du jamais vu, même pas pendant l’éclatement de la bulle internet (40%) et la crise des subprimes de 2008 (60%).
  • Les interventions historiques des Banques Centrales n’occasionnent pas rebond.
  • Les états règlementent les interventions sur les marchés (interdiction de vendre à découvert), sans réel rebond aujourd’hui.
  • La volatilité est encore présente (amplitude des fluctuations de 590 pts (au 23/03/2020) sur le DAX30 soit 6.97% de variation).

Qui peut donc imaginer que l’on réalise un rebond spectaculaire ces prochains jours ? spécifiquement en forme de V puisque ce serait maintenant ou jamais qu’il faut investir pour beaucoup.

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CAC40 – En données hebdomadaires (illustration forme de V imaginé)

La somme des autres possibilités techniques donne tellement d’autres alternatives qu’il convient de ne pas se précipiter car aujourd’hui AUCUN facteur technique n’est encourageant.

Des hypothèses court-termes, moyens-termes pessimistes.

Nous sommes laissés dans l’inconnu face à cette situation à tous les niveaux. Inconnu de temps, sous quel délai pourrons-nous être déconfiné ? quand la pandémie à l’échelle mondiale va t-elle se terminer ? Inconnu de résultat, comment va se réaliser la reprise ? quelle entreprise va survivre ? quelles seront les plans de relance ? y’aura t-il une deuxième vague ? en découlera t-il une crise immobilière ?

La France, mais comme beaucoup de pays, ce qui rend le phénomène encore plus grave, file droit vers une récession signifiant un recul de son Produit Intérieur Brut (PIB) sur deux trimestres consécutifs.[3] La dette publique va augmenter, le plan de relance du gouvernement se devra d’être solide. Les entreprises vont annoncer des résultats trimestriels en dehors de toute estimation positive, et même si elles limitent les catastrophes sur ces trimestres, elles auront à justifier de leur résultat annuel.

C’est une utopie de croire que tout le monde sera aidé. Des entreprises vont fermer, laissant derrière eux des employés au chômage. Ca sera sans doute acceptable d’un point de vue économique si la pandémie s’arrête rapidement, selon des prévisions optimistes, ce pourrait être catastrophique si nous n’arrivons pas à réellement sortir de la crise.

Alors faites-vous confiance mais n’écoutez pas n’importe qui – je ne dis pas qu’Agnès Pannier-Runacher est n’importe qui bien au contraire – juste qu’elle a, sans doute, besoin de soutenir l’économie indépendamment des réussites ou pertes a postériori des investisseurs. Tout comme Warren BUFFETT qui conseillait, le 24 février d’acheter des actions. J’ose croire après 30 ans d’investissement qu’il connaissait parfaitement les risques liés à la volatilité mais devait être, probablement, motivé par la relance de ses propres actions…

C’est une période exceptionnelle pour apprendre, une période que nous ne verrons que peu de fois dans notre vie. Alors entrainons-nous et soyons prêts au bon moment.


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1 commentaire
  1. Prendre en compte l’indice de la volatilité semble être une des clé de voûte en vue de répondre à la question-titre de l’article.

    Il pourrait en effet être judicieux d’attendre que l’orage ne passe, en vue de se positionner juste au moment de la reprise.

    En partant donc du principe qu’un retour à la normale de l’indice VIX puisse augurer d’une sortie de crise, la stratégie consisterait ainsi à acheter au moment où le VIX sera à un niveau plus raisonnable.

    Constater le niveau de l’indice VIX respectivement avec celui de la crise internet, puis de la crise de 2008 est intéressante. Reste à comparer avec l’évolution du S&P 500 sur la même période…

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