Mon avis sur L’art du trading de Thami Kabbaj : un ouvrage incontournable ?

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Cet article n’est pas pensé comme un énième billet à propos du célèbre formateur Thami Kabbaj. Dans les lignes à venir, je souhaite vous livrer un avis, un aperçu spécifique concernant son ouvrage L’art du trading, dont la première édition est parue en 2007. Ce sont 49€ que j’ai investis dans cette acquisition. Alors… l’expérience de lecture m’a-t-elle paru à la hauteur du prix ?

Avant d’approfondir cette question, je vous indique d’autres publications en lien avec Thami :

Mais revenons à notre sujet initial. Ce webzine spécialisé en trading et bourse – Les Formations trading, donc ! – ne pouvait pas oublier ce best-seller du domaine.

Si vous n’avez pas l’habitude de mes compte-rendus, sachez que je ne veux jamais me montrer complaisant. Je sais rester critique… voire un peu acide quand il le faut ! Ici, néanmoins, j’ai été agréablement surpris. Je ne dis pas que vous allez faire fortune grâce à ce livre. Pour autant, sa promesse initiale semble globalement tenue. Le contenu et la structure m’ont sincèrement paru robustes et pertinents.

Thami KABBAJ compte parmi les grands ambassadeurs de l’analyse technique. Ici, dans L’art du trading, il en livre de nombreux secrets. Certains d’entre eux sont familiers ; d’autres un peu moins. Quoi qu’il en soit, il faut garder à l’esprit qu’il n’existe aucune recette magique. Tout n’est pas si rose, contrairement à ce que les influenceurs et autres podcasteurs du web veulent faire croire.

Il reste possible d’aborder des stratégies raisonnables, raisonnées. On peut comprendre et assimiler certains mécanismes afin d’optimiser ses chances de réussite.

Ce que vous êtes sur le point d’apprendre :

  • Les 3 piliers fondamentaux qui donnent à l’analyse technique ses lettres de noblesse (et son sens).
  • Deux stratégies de trading décrites dans l’ouvrage (elles ne fonctionnent pas toujours).
  • Une humble tentative de réponse à la question suivante : quelle vision est-il particulièrement judicieux de développer pour gagner en bourse ?

Analyse technique : est-ce que ça marche réellement ?

Quand on cherche à évaluer la valeur d’une entreprise en bourse, il faut soit :

  • S’armer de certaines compétences et connaissances étendues, larges, parfois comptables sur les données financières des sociétés. C’est ce qu’on appelle procéder à une analyse fondamentale. Il s’agit alors de suivre l’évolution au quotidien, afin de garantir toutes les actualisations nécessaires (profit warning, nouveaux contrats, évolution réglementaire, évolution des matières premières, etc.). Soit…
  • Aiguiser ses compétences techniques. Avec l’expérience, cela aide grandement à investir intelligemment sur les marchés, grâce au “jeu” des probabilités. C’est ce qu’on appelle procéder à une analyse technique.

Bien entendu, tirer profit des marchés financiers demandera d’autres compétences. Notamment celles qui concernent l’aspect psychologique.

Toujours est-il que l’analyse technique suscite des débats. Bien que séduisante et populaire, elle se trouve au coeur de nombreuses polémiques. C’est le cas en 2023 et… c’était d’autant plus le cas en 2007.

Thami Kabbaj n’a pas eu froid aux yeux pour autant. Il se vante, dans le livre qui nous intéresse ici, d’avoir su prédire avec une régularité et une acuité exemplaires les principaux krachs boursiers :

  • Le krach de 1998.
  • Celui de mars 2000.
  • Ou encore celui du 11 septembre 2011.
  • Mais également le marché haussier enregistré dès 2003.
  • La crise des subprimes en 2007.
  • Etc.

En somme, tous les mouvements majeurs. D’une certaine manière, c’est surprenant. En effet, avec ce niveau d’expertise… pourquoi n’a-t-il pas accédé au statut de milliardaire ? Pourquoi n’est-il pas devenu la coqueluche de tous les fonds d’investissement ? Dans un autre registre, on rappelle que l’activité de trading (à plus court terme) ne nécessite pas d’être à l’affût des grands mouvements majeurs. Alors pourquoi l’auteur les met-il à ce point en avant ?

Si ce premier argument d’autorité a de quoi laisser perplexe… d’autres font davantage sens. Avant de vous dire lesquels, j’aimerais revenir sur le point essentiel que je viens d’évoquer.

Les mouvements majeurs : pourquoi sont-ils moins importants en trading ?

Il n’y a pas de règle absolue et incontestable en trading. En revanche, il est toujours bon de distinguer cette activité de l’investissement en bourse.

Le trading, justement, fait la part belle au court terme – au moyen terme à la rigueur. Cela suppose une réactivité plutôt qu’une appréciation des tendances. Cette pratique est plus vive ; la volatilité impacte davantage les performances que dans le cas des achats d’actions, par exemple.

Voilà pourquoi le discours de Monsieur Kabbaj, sur ce point précis, m’interroge.

J’insiste sur cette dimension car on peut facilement confondre le trading et l’investissement. Je n’oserais pas dire que l’auteur méconnaît la différence, évidemment. Au contraire, son aisance particulière lui fait peut-être négliger la clarté requise.

Pour résumer, lorsque vous privilégiez les spéculations rapides, via une application par exemple (elles n’étaient pas encore dans l’équation en 2007), les grands bouleversements sont moins “dangereux”. Par essence, vous n’espérez aucune “fructification”. L’expérience apparaît plus frénétique, et en même temps plus “secure” si vous pensez aux garde-fous essentiels (stop loss, take profit…).

Je ne suis pas là pour corriger la copie de ce grand ponte. L’idée consistait simplement à préciser ma pensée. Chacun(e) se fera ensuite sa propre idée, par rapport à son expérience. Et à ses lectures !

Revenons-en à mon avis en tant que tel.

Tami Kabbaj : l’art du trading… et celui du discours ?

Certains confrères de Kabbaj manquent de précision, survolent leurs analyses et, en définitive, laissent douteur quant à leurs compétences réelles. Ici, soyons clairs : ce n’est pas le cas.

Dans l’ouvrage tout est bien préparé, bien amené, et même le volume en impose (on ne parle ici que des 200 premières pages) la lecture est fluide. Elle convainc. En tout cas, elle m’a convaincu !

Récapitulons l’essentiel. Selon cet expert, l’analyse technique repose sur des fondamentaux incontournables :

  • Elle est influencée par la psychologie des investisseurs. Les mouvements boursiers, même si leurs distributions semblent aléatoires, tendent à se ressembler. Un mouvement de panique entraine systématiquement une baisse brutale, suivie d’une reprise dynamique puis d’une période d’accalmie. Les paramètres qui restent inconnus sont réduits à peau de chagrin : l’ampleur et le timing (début/fin).
  • L’analyse technique n’est ni en retard, ni en avance. La lecture des cours donne toutes les informations immédiatement disponibles et considérées. Il n’y a donc plus besoin “d’anticiper”, mais de lire les informations telles qu’elles sont intégrées par le marché.
  • C’est toujours la loi de l’offre et de la demande qui prévaut. Peu importe que l’évolution d’un actif semble irrationnelle. S’il y a des acheteurs, s’il y a un consensus, un actif peut monter quotidiennement. Le Dogecoin est un bel exemple, pensé comme une plaisanterie à l’origine[1]. Une plaisanterie qui rapporte gros : la crypto-monnaie totalise à date (22 juillet 2021) 11,88 milliards de capitalisation.

Comme rappelé dans L’art du trading, l’analyse technique n’offre aucune boule de cristal. Elle ne confère aucun pouvoir. Mais comme aucune autre méthode ne lui ressemble en termes d’accessibilité – ni l’analyse fondamentale, ni l’analyse sectorielle, ni l’analyse psychologique – elle constitue à son échelle une énorme opportunité d’accéder aux marchés financiers sans faire n’importe quoi.

C’est aussi un problème.

Sous l’apparente facilité et la possibilité illusoire de devenir expert en très peu de temps, il y a beaucoup d’arnaques et de faux-semblants à prévoir.

Voilà pourquoi la mise en place (et le suivi) d’une très bonne stratégie (et même de plusieurs, combinées, alternées) se révèle essentielle.

En voici justement une sélection tirée de l’ouvrage L’art du trading.

L’art du trading : quelques stratégies présentées par Kabbaj

S’il y a bien un indicateur qui a été mis en avant par Thami Kabbaj, c’est le RSI et sa zone de neutralité (50).

C’est ce RSI qui lui aurait permis, dit-il, et notamment grâce à ses divergences, de prévoir les grands mouvements boursiers.

Il propose d’utiliser l’indicateur technique suivant selon deux modèles :

  • Le premier consiste à repérer les divergences et à jouer sur les retournements.
  • Le deuxième revient à suivre le sens dominant en utilisant les rebonds sur la zone de polarité 50. En clair, il faudrait être acheteur quand la zone de polarité est supérieure à 50 et être vendeur quand celle-ci est inférieure à ce repère.

Les divergences en action

Sans le vouloir opérer de comparaisons “bricolées”, j’ai écrit un article où je montre qu’il est possible de gagner de l’argent en bourse (même beaucoup) grâce au RSI.

Mais ce n’est pas grâce à cet indicateur que la stratégie s’avère rentable. Au contraire, c’est l’ensemble des paramètres et la gestion du trade qui la rend profitable.

Si l’article précité vous intéresse, vous le retrouverez ici :

Il existe un indicateur nommé Divergences RSI sur Prorealtime qui matérialise justement les divergences. Cela nous donne la chance de tester la stratégie, étant en possession de tous les paramètres.

Thami explique dans son ouvrage que le stop loss est obligatoire (nous en mettrons un) et que le risk/reward doit être supérieur à 1 sinon cela n’aurait aucun au regard des probabilité. Cela va à l’encontre de mon approche ; celle de ma publication sur les RSI, encore une fois.

D’ailleurs, le résultat du test de cette stratégie est décevant :

Divergences RSI

Soyons concrets, au risque de nous montrer trop sévères. Pour avoir backtesté plusieurs modèles d’actions, je peux confirmer que la méthode n’est ni rentable… ni vraiment perdante. Le système s’équilibre.

Alors quid de la zone de polarité ?

La zone de polarité : une piste à explorer ?

Il est plus difficile de tester la zone de polarité car les nombreuses oscillations en bourse rendent (très) rares les signaux parfaits.

Nous avons quand même pu travailler en suivant les consignes du livre.

Pour un résultat similaire :

Zone de polarité RSI

Le constant ne “bouge” pas. La stratégie n’est ni rentable, ni vraiment perdante.

Je me pose, face à ces expériences concrètes, une question légitime. Certes, ce qui constitue L’art du trading est bien plus sérieux, crédible et étayé que les formations du dimanche polluant les réseaux sociaux.

Fondamentalement, cela dit, est-ce que cela sert à quelque chose ? Y a-t-il une plus-value concrète ?

Non, l’analyse technique n’a rien d’une science exacte

L’ouvrage de 668 pages ne permet aucunement de conclure que l’analyse technique est une méthode miracle avec laquelle vous gagnerez facilement et beaucoup d’argent en bourse.

Au contraire, la bourse et le trading vous opposent au monde entier. Parmi vos “adversaires”, certains (banques, fonds d’investissement) disposent de moyens colossaux.

On ne trade pas avec 1,5 milliards d’euros comme avec 1 500€. Et c’est notre principale force, en réalité : notre souplesse.

Si l’analyse technique a longtemps été rejetée par le monde académique, c’est car elle n’est pas praticable par l’élite…

Quoi qu’il en soit, son efficacité peut, par moments, selon les situations, les dynamiques, se démontrer.

Pour autant, L’art du trading nous rappelle que :

  • C’est un jeu de probabilités et non de certitudes, il y aura toujours de faux signaux.
  • C’est un jeu de manipulation. Là ou tout le monde peut voir une résistance, certains opérateurs de marché, eux, risquent de provoquer intentionnellement une cassure haussière pour embarquer les petits épargnants dans une reprise avant un retournement.
  • C’est un jeu changeant. Il est rare qu’une méthode fonctionne ad vitam aeternam. La bourse ne récompense qu’une minorité. Si tous les intervenants font la même chose, personne ne peut gagner. Ce qui peut expliquer, au vu de la popularité de Thami Kabbaj que les méthodes présentées soient aujourd’hui (dans une certaine mesure) obsolètes.

Je rajouterai que c’est un jeu complet dont il est essentiel de connaitre tous les rouages et leur efficacité potentielle afin de prendre les bonnes décisions.

Il faut bannir les généralités.

L’art du trading vous apportera une base de connaissance solide mais, si vous êtes en recherche de stratégie, vous pourriez être déçu(e).

En 2023, je n’irai pas jusqu’à dire que ces pages sont “incontournables”. Le livre, en revanche, regorge de bonnes pratiques (suivre la tendance, s’adapter à l’actif que vous tradez, utiliser des combinaisons de signaux, etc.) et peut donc servir de base intéressante aux néophytes. Sachant qu’il faudra compléter ses sources : on en apprend peu, par exemple, concernant le money management.

Éditions Eyrolles
Nombre de pages 668 Pages
Date de publication3ème édition du 22 octobre 2015
Dimensions15.5 x 3.3 x 24 cm
ISBN-102212558597

L’art du trading par Thami Kabbaj n’a plus de secret pour vous

Ouvrage de référence en matière de trading, les lacunes de L’art du trading sont compensées par l’intensité et la qualité globale des informations transmises.

Voilà ce que vous venez d’apprendre aujourd’hui :

  • Vous comprenez mieux pourquoi les traders particuliers peuvent vraiment s’intéresser à l’analyse technique. Sans que cela ne soit une “clé de réussite” absolue.
  • Vous connaissez mon avis sur les stratégies mises en avant dans l’ouvrage (vous ne deviendrez pas riche en les appliquant, à priori).
  • Vous avez un aperçu de l’intérêt global que présente cette entrée bibliographique : elle trace des chemins à explorer pour augmenter ses compétences et par conséquent (je vous le souhaite vivement !) sa réussite.

Maintenant, à vous de jouer !

Partagez vos réflexions. Cet article, ce livre vous intéressent t-ils ? On échange en commentaire. ❤️


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2 commentaires
  1. Bonjour Christopher,

    toujours le même Stéphane qui vient vous appuyer et livre son opinion.
    les gens ont tendance à s’exciter sur les formations en payantes en ligne en oubliant qu’un savoir faire aussi puissant peut-être accessible dans une librairie ou sur sur un site en ligne et pour seulement 49 euros.
    J’ai lu ce livre écrit par Thami Kabbaj , qui est son meilleur livre , aussi l’un des meilleurs que j’ai lus. Mais il faut déjà une base technique pour le comprendre, car un débutant va être septique. Le contenu très riche de ce livre va être la démonstration de l’apport de l’analyse technique par rapport à toutes autres autres approches; fondamentales,etc…
    le seul bémol que je reproche à thami, est qu’il ne montre pas d’autres indicateurs techniques qui amènent des signaux forts. Il a a peu trop perdu son temps à écrire sur les autres analyses, ce qui explique la grosseur du livre.
    Mais celui ou celle qui veut faire un mémoire, doit prendre ce livre t fait un malheur.
    je lui reconnais son honnêteté à dévoiler les divergences sur indicateurs que tout autre soi disant grand trader amérciain ne dévoile pas et entrainent les gens dans des investissements à perte, car les valeurs françaises n’ont pas le même comportement en bourse que les américaines..

    1. Bonjour Stéphane 🙂,
      Je n’ai pas été toujours élogieux au sujet de Thami Kabbaj, mais il faut savoir reconnaitre les qualités d’un ouvrage.
      L’art du trading fait partie des meilleurs, vous le soulignez également, cela fait plaisir 🙂
      Très belle soirée
      Christopher

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